© Robin Davis

Paris-Istanbul-Shanghaï, de Joël Grare

Monique Parmentier, Resmusica.com, juillet 2008

« Nous avons tous à l’adolescence réalisé au-moins un de ces voyages que nous avions découvert en lisant ces récits qui de Marco Polo à Alexandra David-Neel ont enchanté nos imaginations d’enfant. Ce disque est une évocation qui tel un souffle, nous suggère tout un monde où résonnent au loin le son des cloches, le battement des tambours, l’éclat des castagnettes et des timbales, le rythme des marimbas et où d’un son à l’autre tous font naître en nos rêves des souvenirs de paysages, de sourires volés à l’instant, donnant vie à des mondes perdus. L’arrangement qu’on nous propose ici de La rêveuse de Marin Marais, nous emporte au-delà des rives du Bosphore, de la Muraille de Chine, sur des chemins où le temps semble s’arrêter sur une sensation d’ineffable perception de la quintessence de l’instant présent. Ce disque « barokn’roll », mélange d’arrangements et de compositions personnelles nous le devons à un percussionniste de talent, Joël Grare, qui nous offre une musique qui par l’association d’instruments appartenant à des musiques traditionnelles et à la musique baroque, parvient à créer des univers sensibles où l’altérité est découverte.

L’ensemble des Tambours de Lune et l’Ensemble Paris-Istanbul-Shanghaï qui accompagnent Joël Grare dans son voyage, vous invitent à embarquer et à vous laisser emporter par le vent du large vers des mondes âpres et pourtant délicieux qu’évoque la voix de Claire Lefilliâtre dans Hor che tempo di dormire. Elle y laisse flotter des parfums et des reflets à la sensualité troublante, telle la caresse des voiles de ces femmes que se protègent des regards inquisiteurs et de la morsure virile du soleil, sous des soies légères et vaporeuses. Se brisant sur des dissonances, elle invite à la blessure des amours perdus.

La route des métaux est un hommage lumineux, un trésor qui miroite comme autant de reflets du soleil sur l’eau des océans et des lacs qu’il faut traverser pour aller toujours plus loin. Les cloches d’Ex voto, nous ouvrent un passage vers l’ailleurs. »

Follow, de Joël Grare

David Sanson, « Classica » (juin 2003)

« Des résonances profondes, rondes, déroulant leurs spires à la façon d’une séance d’hypnose: dès les premiers cinq mouvements de la pièce titre ouvrant ce disque, on est transporté ailleurs. Follow « suite campanaire pour cloches de Chamonix », porte des échos d’Extrême-Orient, de gamelans balinais, de bois tibétains, de carillons chinois… Le monde des percussios ne connaît aucune frontière, et l’expérience d’un disque de percussions seules a déjà en soi quelque chose d’exotique, qui nécessite de l’auditeur qu’il accepte de s’abandonner au parasitage de ses repère spatio-temporels. Plus encore lorsqu’on a affaire à un instrumentaliste aussi polyvalent, et que la musique enregistrée a été au départ concçue pour accompagner un spectacle vivant, comme c’est souvent le cas ici: notamment des ballets du Chinois Zhen-Wu (Grare a aussi travaillé avec Chopinot, Carlson, Preljocaj), ce qui confirme la piste exotique. D’ailleurs, dès le cycle suivant, Fugitives, Grare convoque force instruments d’outre-Mer (balafon, senza, bandir, tambour japonais…) pour nous entraîner vers des horizons incertains, entre musique contemporaine et musique du, ou plutôt des mondes, en poète ethnomusical, tel un Stephan Micus, ou une Tarnia. Enfin, pour Koän, le compositeur s’adjoint les services de deux acolytes, percussionniste et trompettiste… Sur la longueur du disque, Grare s’impose comme un musicien dont le travail, à l’instar d’un Thom Willems – compositeur attitré de William Forsythe – s’accomode très bien d’être livré à lui-même. Toutes les oreilles curieuses auront donc à coeur de se conformer à l’injonction du titre, et de suivre le percussionniste dans ses pérégrinations. »

Klaus Blasquiz, Musique (2003)

« Une véritable perle cet album, certes d’un virtuose, mais qui ne joue jamais la carte de la facilité. Un percussionniste assurément mélodiste, un contrôle total de la pulsation et des images, des compositions gorgées d’émotions, de surprenants partenaires (Nicolas Giraud, trompette et Axel Lecourt, allumé des tuyaux + voix); tous ces composants de base ont permis une musique fraîche et sans affectation. Joël Grare, musicien avant d’être instrumentiste, n’en est pas moins totalement maître de la situation. L’écoute de ce magnifique album qui, encore une fois, n’est pas une démonstration de technique, ou bien même un catalogue de sons et d’instruments exotiques, nécessite cependant une écoute particulière, sous peine de passer à côté de finesses et d’ambiances qui demandent à être suivies avec une certaine concentration. Le résultat de ce bien mince effort est un enchantement proche de la magie blanche.

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